Une initiative marocaine pour transformer des situations conflictuelles en sources de cohésion communautaire

Par Nathan Park, MarrakechLes migrations internationales de l’Afrique subsaharienne vers l’Europe et les États-Unis ont connu une forte croissance au cours de la dernière décennie. Ces tendances migratoires, en particulier vers l’Europe, influencent directement les schémas de migration vers d’autres pays d’Afrique du Nord.Les facteurs spécifiques « attirants-répulsifs » liés à ces migrations varient selon les pays et les individus, mais les raisons économiques demeurent le facteur-clé. Selon le Pew Research Center, en 1990, 40% des migrants en provenance d’Afrique subsaharienne ont migré pour des raisons économiques. En 2013, ce chiffre était passé à 90%.
 
En 2015, le HCR des Nations Unies a accueilli plus d’un million de réfugiés, de groupes de personnes déplacées et de migrants qui affluent vers l’UE pour fuir les conflits ou chercher de meilleures opportunités économiques. Cela a entraîné une militarisation accrue des frontières de l’UE, dans le but de gérer ce que la Commission Européenne a qualifié de « crise de déplacement sans précédent ».
 
Ils ont confirmé que les initiatives plus strictes de contrôle des frontières de l’UE ont réduit le nombre de migrants irréguliers (sans papiers légaux) et ont fait que les pays dits de transit deviennent de plus en plus des résidences permanentes pour de nombreux migrants.

Et c’est précisément le cas du Royaume du Maroc.Selon Mehdi Lahlou de l’Istituto Affari Internazionali, quelque 5 003 migrants irréguliers en 2010 ont utilisé la route de la Méditerranée occidentale – principalement le Maroc – pour entrer en Europe. En 2014, ce nombre est passé à 7 842. Le nombre d’entrées illégales en Europe a diminué depuis 2015 en raison de ces restrictions frontalières, mais les flux migratoires via et vers le Maroc se poursuivent.
 
Le Maroc est considéré comme l’un des rares pays stables et sûrs de toute la région du Moyen-Orient, Afrique du Nord. Avec le renforcement de la sécurité de l’UE, il est en train de devenir une destination tant de passage que de résidence pour de nombreux migrants.La longue histoire migratoire du Maroc a conduit à la création de communautés de migrants d’Afrique subsaharienne bien établies dans certaines de ses grandes villes comme Rabat, Casablanca et Tanger. L’Agence allemande de coopération internationale, GIZ, a mis en lumière que ces réseaux sociaux, religieux et économiques établis agissaient comme des facteurs qui encourageaient l’établissement accru des migrants au Maroc. De plus, en 2014, le Maroc a mis en place un programme de « régularisation exceptionnelle » destiné à réformer sa précédente politique de migration restrictive. Il aborde une approche plus humanitaire et fondée sur les droits de l’homme en matière d’immigration et marque le premier pas vers l’octroi des droits aux migrants.La visite prévue du pape François au Maroc, en décembre prochain, à l’occasion d’une conférence internationale sur les flux migratoires, consacre, entre autres signes, le rôle prépondérant de médiateur migratoire que joue le Maroc dans ce contexte. Le North Africa Post s’attend à la formation d’un « pacte mondial » international pour la régularisation de la migration lors de sa visite.Pourtant, quatre ans après la mise en œuvre de la réforme de la politique de migration au Maroc, de nombreux migrants et réfugiés continuent de vivre dans des conditions clandestines, manquent toujours d’opportunités de travail, font face aux tensions au sein des communautés locales et ignorent tout de leurs droits légaux en vertu de la loi marocaine.Les étudiants de l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès ont diagnostiqué ce besoin d’aider le nombre croissant de réfugiés et de demandeurs d’asile pour faciliter et améliorer les conditions de leur intégration dans la société. Dans ce sens, ils souhaitent lancer une Clinique juridique pour accompagner la société civile en prenant modèle sur celle déjà établie par la Faculté de droit, d’économie et de sciences sociales de l’Université Hassan II à Mohammedia qui assure un programme pour les familles marginalisées financé par la fondation américaine National Endowment for Democracy.Le président de l’USMBA, Omar Assobhei, a expliqué que Fès est devenue une étape incontournable lors des flux migratoires au Maroc pour les migrants qui se dirigent vers Tanger et dont certains tentent ensuite l’aventure européenne. Fès accueille déjà une importante population étudiante subsaharienne dans les institutions et l’enseignement supérieur, mais cette augmentation du trafic flux a créé un besoin urgent en matière de soutien juridique pour ceux qui se trouvent dans des situations précaires.Université et Etudiants proposent de créer une Clinique juridique qui serait dirigée par des étudiants et qui vise à : 1) Doter les dirigeants des organisations de la société civile de compétences juridiques pour mieux intégrer les migrants dits vulnérables ; 2) Renforcer les capacités des étudiants en droit ainsi que celles de ces populations vulnérables par le développement de l’entreprise et la pratique juridique ; et 3) faire progresser la cohésion et la durabilité de la communauté dans son ensemble.Les responsables de l’Université auraient identifié 10 OSC, 40 étudiants en droit et 100 migrants et réfugiés pour participer à des ateliers juridiques conjoints portant sur les nouvelles politiques migratoires, l’intégration et le développement entrepreneurial.Cette 1ère phase serait suivie d’une aide juridique spécifique dispensée par les étudiants en droit au profit des migrants et des réfugiés participants.L’esprit de cette initiative de réunir étudiants, migrants et associations dans le but d’évaluer la situation. Les membres de chaque groupe profiteraient des ateliers participatifs auxquels ils prennent part ensemble et s’ouvrent différentes perspectives concernant les problèmes auxquels la communauté est confrontée.Les étudiants acquerront de l’expérience en interagissant avec des personnes en situation de besoin réel d’aide juridique, les associations seront plus et mieux informées sur les aspects juridiques de leur travail et renforceront leurs capacités à plaider, et les migrants seront dotés de connaissances juridiques et de compétences entrepreneuriales.La disposition légale de cette Clinique juridique permettrait à davantage de migrants en situation irrégulière de s’intégrer socialement dans la société, ce qui, in fine, aidera à atténuer les tensions entre les communautés africaines : subsahariennes et marocaines.Cette Clinique juridique se base sur la même méthode de développement participative que la première initiative, ce qui lui permettra d’être suffisamment équipée pour faire face à toutes autres préoccupations juridiques présentées par la Communauté.Grâce à son adaptabilité aux différentes institutions académiques et à sa tendance à susciter l’implication de la Communauté, ce modèle d’éducation et d’apprentissage symbiotique positivement contaminant aura assurément des retombées futures favorables pour les régions et les universités environnantes.L’église St. Andrew au Caire, en Égypte, a mis en place un programme similaire d’aide juridique pour les réfugiés qui fournit chaque année à 3 000 réfugiés tout ce qui concerne les renvois, la représentation, la défense des droits et l’éducation. C’est un exemple à méditer tant il celui-ci il révèle les résultats potentiels qui peuvent être réalisés au Maroc.La mise en œuvre de cette clinique de droit est un pont solide pour favoriser le dialogue interculturel, sociétal et économique indispensable à la pérennisation d’une tradition séculaire qui augure d’un avenir harmonieux de coexistence et de brassage de populations de diverses origines sur la terre accueillante du Maroc.
Nathan Park (nathanpark29@gmail.com) est un étudiant de premier cycle en quatrième année à l’Université de Virginie et il est actuellement stagiaire à la Fondation du Haut Atlas à Marrakech, au Maroc.
2018-08-09T13:41:12+00:00

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